Punis pour nos excès, nous y passons tous un jour, une ordonnance au bout des doigts: la pharmacie. Ce sera rapide, se dit-on. Erreur! Le génial Jean Coutu, le vrai, a trouvé l’astuce: nous faire poireauter dans son antre horrible qui regorge de bébelles n’ayant aucun lien avec notre santé.
Presque tous l'ont imité: Brunet, Familiprix, Proxim et Uniprix se concurrencent pour vendre croustilles, savon à lessive, mascottes, casseroles, casquettes, horloges, albums de photos, timbres... Pendant qu'un aide-pharmacien recompte vos pilules en les transvasant de leur emballage original à d'insipides «vials», anonymes et difficiles à ouvrir, on est coincé dans de minuscules allées tellement encombrées qu'elles en sont dangereuses. Supports-crochets limitant le passage. Paniers métalliques qui heurtent nos tibias. Tourniquets antivol qui nous coincent les «amourettes».
Terrifiantes pour les yeux, perturbantes pour la psyché, ces cavernes d'Ali Baba vouées à notre santé nous anéantissent avant de nous faire «passer au cash». «Cash» tant convoité par ces empoisonneurs de bonne santé, qu'ils nous mettent tous dans le panier des voleurs en série: serrures, alarmes, tout est en place pour anéantir les timides acheteurs.
Et pour souligner les rabais, des cartons fluo, rouges ou verts, de mauvais goût, sont installés n'importe comment à côté des produits-vedettes. Les dépliants, amputés de leurs précieux coupons-rabais qui jonchent le sol, donnent cet air de carnaval à longueur d'année. Pour couronner le tout, on y ajoute cette touche subtile de sons «Musak» au fil des «Fêtes joyeuses» à souligner.
Quelle agression. Aïe! Je me sens tout étourdi.
Antithèse idéologique? Certaines chaînes de pharmacies poursuivent leurs excès sur le terrain de la médecine alternative: «pétries» de respect pour notre santé, elles proposent produits naturels, bio, voire homéopathiques. Mais que font des produits santé dans la cour des plus violents poisons?
Pas en bas de la ceinture!
L'exception, la pharmacie où le design a sa place, se nomme Pharmaprix. Quel calme. On y respire. Respect de normes «humaines». Plafond dégagé, larges allées aérées où sont disposés les produits maison Life, impeccablement conçus, graphiquement intéressants et placés juste à la bonne hauteur pour les yeux. Car notre oeil balaie tout, inconsciemment.
Les tests d'Eliot Young effectués pour Perception Research Service(PRS) ont démontré depuis belle lurette et avec grande précision que notre regard «suit son chemin», en dehors de toute volonté de notre part. Notre vision balaie les produits et s'arrête sur un détail qui retient notre attention. Ce n'est pas à la hauteur des yeux que les produits ont la meilleure visibilité, mais au niveau des bras. Étonnant, non? Les produits placés plus haut que les yeux ont moins de visibilité (30%). Tout ce qui est en bas de la ceinture est peu vu, car plus c'est bas, moins on regarde. Savez-vous que 85% des nouveaux produits sont retirés des étagères parce qu'ils ne sont jamais vus?

