Optimiser la visibilité d'un produit

Bien entendu, tout manufacturier veut que les regards convergent vers son produit chéri, situé au niveau idéal. La guerre est donc déclarée entre concurrents. C'est la ruée vers le niveau idéal. Dans les «supermarchés pharmaceutiques», tous envient cette place de choix garantissant le plus de ventes possible. Et on est prêt à tout promettre pour l'obtenir.

Ce problème n'existe plus au Mexique. Dans les grandes surfaces, on fait appel à  la théorie scientifique de la perception visuelle pour donner la même visibilité à tous les produits, plaçant ingénieusement, ceux de la même marque sur un axe vertical plutôt qu'horizontal. La même bouteille de shampoing se retrouve ainsi en colonne, le client le plus grand prenant le produit sur l'étagère du haut, et le  plus petit, sur celle du bas. Tout le monde est content. Visuellement magnifique, verticalement malin, simple et efficace. Et le commerçant n'est plus obligé de louer au rabais les tablettes qui ne font pas partie du champ visuel idéal. 

La chaîne de magasins d'alimentation Métro n'est pas en reste: elle a réussi un bon coup par son côté attractif. Chaque rayon possède un puissant éclairage au néon. De loin, les tubes de dentifrice, les bouteilles de shampoing ou les pots de crèmes corporelles brillent! Mais le consommateur qui s'en approche est ébloui par leur blancheur qui rend la lecture des étiquettes pratiquement impossible. Bel exemple d'anti-design qu'on pourrait qualifier d'«over design».

Bouillie pour consommateurs

Dans le monde des grandes surfaces de vente au détail, on sait que rien, absolument rien, n'est laissé au hasard. On se demande alors pourquoi aspirines, sparadraps et couches trônent-ils au milieu des salades et de la «bouffe à chiens»?

Cette réunion de produits disparates dans le même magasin me fait penser aux populaires sandwiches jambon-fromage. Quant à moi, je préfère manger un sandwich au jambon le lundi et un sandwich au fromage le mardi, plutôt que de manger le lundi et le mardi le même sandwich jambon-fromage. Pourquoi désirer deux fois de suite le même repas? 

Et que dire de l'odeur d'une pharmacie - une vraie -? Dans ces boutiques d'apothicaire, les émanations de mixtures à l'ancienne possèdent ce quelque chose de rassurant, d'auréolé: on se sent «pris en charge». À Montréal, j'apprécie beaucoup le pharmacien Jean-François Boyer, rue Amherst. Il nous attend, comme dans le bon vieux temps, derrière son simple comptoir. Devinant notre malheur, par la magie des posologies il conseille, fier de ses potions, comme un vrai libraire qui a lu tous les livres qu'il vend. Et si l'onguent n'est pas disponible, il nous le livre personnellement à la maison, avec un sourire en plus. Ça fait du bien. Serait-ce çà la bonne prescription?

Grâce aux pharmaciens, on a vaincu la variole. Bravo. Mais doit-on absolument payer cette victoire en supportant  la vue de ces monstrueuses enseignes criardes et de tous ces artifices ? Prend-on les gens pour des demeurés?