Détournement des finances publiques
Le Dr Arnold Relman, professeur à Harvard et ancien éditeur en chef du New England Journal of Medecine, dans un livre récent qui se penche sur les solutions pour sauver le système de santé américain, critique la façon dont la médecine aux États-Unis s'est transformée sous l'influence du lobby des affaires. De service professionnel qu'elle était, la médecine américaine est devenue aujourd'hui une entreprise commerciale dominée par l'obsession du profit.
Heureusement, les gens au Québec résistent encore à ces pressions, voyant le piège d'un système parallèle accessible seulement aux riches qui aggraverait la pénurie de main-d¿oeuvre médicale pour le secteur public. Mais des changements s'opèrent actuellement, souvent en catimini pour ne pas éveiller notre inquiétude. Sournoisement, on refile au secteur privé de lucratives demandes de services: 100 millions $ ont été dépensés par le secteur public pour recourir aux infirmières d'agences privées; des ententes de partenariat sont conclues, comme celle entre l'Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal et RocklandMD qui forcent l'établissement public à fournir à la clinique privée de chirurgie des patients à faible risque, avec garantie de financement; des pressions sont exercées sur le Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) pour privatiser une partie de ses services diagnostics: endoscopie digestive, ophtalmologie ambulatoire, etc. On assiste en fait à un détournement des finances publiques pour aider à mettre sur pied un réseau de santé privé parallèle.
Améliorer l'accès sans le recours au secteur privé
Pourtant, une abondante littérature montre que, contrairement aux idées reçues:
1- La privatisation coûte habituellement plus cher sans améliorer l'accès aux services de santé.
2- Il existe des solutions applicables au système public et plus efficaces que le recours au secteur privé, pour améliorer l'accès et même la qualité des services. Pourvu qu'on ose bousculer certains intérêts et quelques habitudes.
Notre système de santé est encore bon, bien qu'il éprouve des problèmes parfois criants. Nous devons le rénover, pas le détruire. Recourir à un système parallèle privé revient à ruiner les fondations d'une maison pour agrandir sa porte d'entrée.
Le Dr Amir Khadir, politicien non élu populaire au Québec, est l'un des deux porte-parole du parti Québec Solidaire et un altermondialiste très écouté.

