Juifs et musulmans
Si la circoncision n'est pas une prescription obligatoire pour les chrétiens, elle l'est pour les juifs et les musulmans qui respectent, par ce geste, un ordre donné par Dieu à leur ancêtre commun, Abraham. Par ce sacrifice involontaire, l'enfant juif, à huit jours d'existence, est admis dans sa communauté et participe à l'alliance de son peuple avec Dieu: c'est l'équivalent du baptême des chrétiens. Chez les musulmans, la circoncision marque aussi le passage à l'âge adulte: épreuve subie à froid par le participant préadolescent, devant public.
Chez les Dogons du Mali, qui ont leur propre religion, le prépuce a une valeur féminine dont il faut affranchir le garçon: circoncis, il devient un homme, libéré de ce signe de faiblesse.
Les Grecs la pratiquaient en prévision des jouissances sexuelles: on croyait que le prépuce entravait le plaisir.
À l'inverse, certains juifs considéraient ce petit repli tégumentaire comme une chose obscène, qui incitait au plaisir sexuel: la circoncision devenait ici équivalent mâle du rituel de l'excision, dont la cruauté n'a pas beaucoup d'équivalents sur Terre.
Chez les Américains
Les Américains, champions mondiaux de la circoncision pour des raisons non religieuses, la pratiquaient aussi, à l'origine, pour des raisons morales: le prépuce incitait à la masturbation, mère de tous les fléaux de l'humanité, croyait-on à l'époque victorienne. John Harvey Kellogg, l'inventeur des Corn Flakes, recommandait la circoncision à froid, sans anesthésie, pour bien stigmatiser cette partie du corps dans l'esprit du jeune garçon, et décourager toute tentative d'exploration manuelle, pendant les temps libres.
Selon des médecins contemporains, la prépucectomie pratiquée de nos jours aux États-Unis ne répond plus tellement à des impératifs moraux ni même hygiénistes, compte tenu de la grande rareté des problèmes de santé attribuables à la présence du prépuce. Néanmoins, on continue de le couper, «parce que ça fait plus joli», que «c'est comme papa».
Pour toutes ces excellentes raisons et bien d'autres encore, il y a plus d'un milliard de mâles à travers le monde qui se baladent sans ce petit morceau de peau. Un homme sur trois!

