Chercheurs et cliniciens s'entendent sur une chose: lorsqu'elle n'est pas soulagée, la douleur, longtemps toute-puissante et invincible, n'est pas seulement la manifestation d'une condition anormale du corps. C'est un grave ennemi qui engendre à son tour des perturbations physiologiques (immunosuppression, stress physiologique, etc.) et psychologiques (anxiété, dépression etc.) plus importantes. La douleur est à la fois signal d'alarme et sinistre. Et la médecine a, depuis quelques années, ouvert un nouveau front en lui déclarant la guerre. 

Le cercle vicieux de la douleur

L'histoire de Jasmine, une de mes patientes, est assez évocatrice. Une simple chute sur le dos après avoir glissé sur la glace a complètement bouleversé sa vie. Les douleurs lombaires qui se sont alors installées et qui n'ont pu être initialement maîtrisées ont provoqué un cercle vicieux infernal: trouble du sommeil, fatigue, difficultés de concentration et de mémoire, lesquels ont entraîné la perte de son emploi, la dépression et l'éclatement de son couple, tout cela ravivant la douleur initiale. Ce n'est qu'après une analgésie opioïde adéquate qu'elle a pu retrouver son sommeil, améliorer ses fonctions cognitives et réintégrer le monde du travail.

En passant, des études ont aussi montré que la vigilance au volant était supérieure chez les patients soulagés par les opioïdes que chez les conducteurs souffrant de douleur intense. Encore faut-il s'assurer que l'ajustement des doses d'opioïdes est bien fait et qu'elles n'entraînent pas d'état de somnolence.

Quant aux effets secondaires, il est maintenant possible, grâce à un éventail de moyens (pharmacologiques et non pharmacologiques) de les contrer dans une certaine mesure. Les cliniciens en douleur diront d'ailleurs que l'on détermine les doses et la durée des opioïdes à prescrire en fonction des effets secondaires: parfois, on cessera d'administrer des opioïdes devant des effets secondaires difficiles à enrayer, parfois, on les prescrira en rotation, à doses équivalentes.