Siècle des découvertes et des épidémies

La plus ancienne description de la variole date du 7e siècle après Jésus-Christ, mais ses observations les plus pertinentes ne prennent forme qu'avec les voyages et les conquêtes extracontinentales des Européens. La mortalité en Europe était très forte à la Renaissance, de 8% à 15%, soit deux fois celle de la peste, une autre grande tueuse. Au départ, la variole était répandue partout sauf en Amérique, au Groenland et en Afrique australe, où l'arrivée tardive des Européens allait provoquer de sévères épidémies. En Amérique, au 16e siècle, la variole a effectivement décimé des populations, au moins autant que les conquêtes sauvages des Européens.

Idée: «varioler» contre la variole

L'idée qui allait avoir raison de ce fléau était toute simple, mais elle a ouvert la voie à la science de l'immunologie. Certains observateurs avaient découvert qu'une inoculation volontaire de la variole chez des individus encore en bonne santé donnait quatre ou cinq fois moins de décès qu'un épisode de la maladie lors d'une épidémie. Au 18e siècle, Lady Montagu, une Anglaise elle-même affectée par la maladie et qui, vivant à Istanbul, y avait observé cette pratique, fut la protagoniste de la «variolisation» qu'elle introduisit en Europe, où le procédé n'allait rencontrer que peu de faveur.

Meilleure idée encore: «vacciner» contre la variole

C'est Edward Jenner qui le premier, en 1796, fit le rapprochement entre le «cowpox», des vaches, inoffensive pour l'homme, et la «smallpox» des hommes, ou petite vérole, ou variole. Il publia son étonnante découverte en 1798: il avait constaté que l'incidence et la mortalité de la variole étaient beaucoup plus faibles chez les agriculteurs qui avaient des vaches atteintes de cowpox, ou vaccine.

On inocula des volontaires avec la vaccine prélevée sur le pus des pis de vaches malades. Ces individus résistaient aux épidémies de variole. Contre toute attente, les Français réticents devinrent des adeptes du vaccin même s'il «venait du pis de vaches anglaises».

Les campagnes de vaccination

L'idée étant acquise et le bien-fondé reconnu, il restait un problème à résoudre pour mettre la vaccination sur ses rails: la provenance et la conservation du vaccin. La vaccination commença en 1800 en France, puis en Amérique en 1801, année où le Dr Longman reçût, à Québec, une première souche de vaccine venue d'Angleterre. Elle devient obligatoire en Bavière dès 1807. En France, on nota un appui de la religion catholique, mais une réticence des régions rurales. Heureusement, la vaccination se répandit plus vite que la maladie. Tout allait bien, mais la protection du vaccin avait une durée limitée: en 1849, commença la «revaccination».

En France, le vaccin devint obligatoire en 1902. En 1914, la maladie était presque disparue, après une dernière épidémie qui avait éclaté en 1913 à Marseille. Le vaccin s'est répandu dans le monde jusqu'à la campagne de l'OMS, qui déclara l'éradication de la maladie le 8 mai 1980 et recommanda l'arrêt de la vaccination. Pour les lecteurs intéressés, il y a maintenant un musée de la vaccine à l'Institut de vaccine de Paris.

Le livre de M. Darmon est un bon livre historique, truffé de détails, à lire par ceux qui s'intéressent aux aspects préventifs des grandes maladies infectieuses.