Par l'intensité des douleurs qu'elle provoque et par les nombreux décès qu'elle a engendrés au cours de l'histoire, l'appendicite a toujours tourmenté l'humanité. Elle a aussi donné passablement de fil à retordre aux médecins qui ont mis des siècles à trouver la cause de tant de mal et qui n'intervenaient que dans les moments extrêmes, quand l'abcès abdominal était sur le point de leur exploser au visage.

On a pratiqué des drainages d'abcès à la fosse iliaque droite depuis l'Antiquité. À une époque, on faisait même avaler des billes de plomb aux patients pour  tenter de débloquer leurs intestins obstrués par l'inflammation. Les médecins arabes utilisaient quant à eux la chaleur des cataplasmes pour faciliter la rupture externe de gros abcès débordant la paroi abdominale.

Les premières descriptions de l'appendice

C'est au seizième siècle que l'on retrouve les plus anciennes descriptions anatomiques de l'appendice. En 1561, Fallopius (qui a aussi donné son nom aux trompes utérines) a comparé l'appendice à un ver, d'où le nom  d'appendix vermiformis. Certains écrits du réputé père fondateur de la chirurgie, Ambroise Paré,  datant de 1582, donnent aussi une description de l'appendice, du cæcum et du colon droit.

Les signes cliniques de l'appendicite

Il aura  fallu des siècles de recherches et de confusion pour établir une relation de cause à effet entre la structure anatomique qu'est l'appendice et cette entité clinique souvent mortelle qu'est l'appendicite aiguë. Ce n'est qu'en 1886 que Reginald H. Fitz,  de l'Université Harvard, a formellement établi le lien entre les deux. C'est ensuite Charles McBurney qui, en 1889, a identifié les signes cliniques classiques de l'appendicite. Il a également posé les critères pour son diagnostic précoce et décrit l'incision abdominale à faire pour y accéder.

Ainsi, certains médecins se rendent célèbres en faisant de la politique (Che Guevarra), en écrivant des livres (Spock), en donnant leur nom à un organe  (Fallope) ou à une maladie (Alzheimer). M. McBurney, lui, a localisé le point de jonction du tiers externe et des deux tiers internes, le long de la ligne reliant l'épine iliaque antéro-supérieure droite à l'ombilic. Pour cet exploit, la postérité retiendra à jamais son nom. Tous les médecins, en tout cas, le connaissent et l'ont intégré à leur jargon (quasi) quotidien: devant une appendicite à un stade avancé, évaluant la douleur du patient, ils diront tout simplement: «C'est un McBurney positif», ou encore: «C'est un McBurney négatif».