Cela s'est passé il y a 30 ans, mais Claire en parle comme si c'était arrivé hier. Lorsque le téléphone a sonné vers 7 h du matin, elle s'est précipitée. «J'avais hâte de savoir si ma meilleure amie, Louise, avait accouché d'une fille ou d'un garçon. Lorsque je l'ai entendue me demander de l'aider à trouver un travail, je suis restée sans voix. Sa petite fille avait à peine vécu 20 minutes. Louise n'en a plus jamais parlé.»

Malgré l'avis des médecins qui lui disaient qu'elle risquait de perdre la vie en voulant la donner, Louise a multiplié les grossesses. Elle a vécu trois fausses couches et autant de naissances. Pour faire bonne mesure, elle a adopté un quatrième enfant. «Louise, aujourd'hui grand-mère, n'a, à ma connaissance, jamais évoqué ses émotions liées à la perte de sa fille ou à ses fausses couches, confie Claire. Je ne sais pas comment elle a pu garder ça pour elle. Moi, j'aurais étouffé.»

Claire se demande aussi quel effet ce silence a eu dans la vie de Louise. «Mon amie a la réputation d'avoir un sale caractère. J'ai récemment lu un roman de Joy Fielding où l'un des personnages devient proprement exécrable après avoir vécu une fausse couche. Cette femme fictive ne voulait jamais en parler. Ça m'a fait penser à Louise. »