Elle était volubile, pétillante, toujours prête à rire. Son visage, qui avait conservé les rondeurs de l'enfance, était criblé de taches de rousseur. Elle aimait la danse, les livres de Harry Potter et collectionnait les cartes de magie. Elle s'appelait Sabrina Shannon.

Sabrina: une histoire vraie

Le matin du 29 septembre 2003, Sabrina s'apprêtait à quitter la maison familiale pour se rendre à l'école secondaire qu'elle fréquentait, en Ontario. Repoussant le sandwich que sa mère lui avait préparé pour son repas du midi, elle déclara qu'elle voulait manger, pour une fois, à la cantine de l'école. Sa mère, inquiète, protesta. Sabrina, en effet, était sévèrement allergique aux arachides, au soya et aux produits laitiers. De plus, elle était asthmatique, ce qui constitue un facteur aggravant en cas de réaction allergique. Dans ces conditions, manger des mets préparés ailleurs qu'à la maison était clairement risqué.

Mais Sabrina était convaincante. Les risques, elle les connaissait. Elle avait toujours fait preuve d'une grande vigilance à cet égard et s'était d'ailleurs déjà assurée auprès du personnel de la cafétéria que les frites qu'elle désirait manger convenaient à son régime alimentaire limité. La mère de la jeune fille céda.

Réaction fatale

À l'heure du midi, Sabrina engloutit les frites convoitées, après avoir posé quelques questions sur l'huile utilisée pour la cuisson (elle voulait être certaine qu'il ne s'agissait pas d'huile d'arachide). La réaction débuta quelques minutes plus tard, un peu avant le début de la première classe de l'après-midi. Sabrina, dont la respiration était devenue sifflante, lança à son enseignante: «Je crois que je fais une crise d'asthme». L'enseignante lui demanda de se rendre au bureau de la direction en compagnie d'une élève. Ce bureau était situé à l'autre extrémité du bâtiment et lorsque Sabrina l'atteignit enfin, elle éprouvait d'importantes difficultés respiratoires et était en proie à la panique. L'auto-injecteur d'adrénaline qui aurait pu lui sauver la vie se trouvait dans son casier. Sabrina l'avait porté pendant des années dans une pochette rouge attachée à sa taille, mais avait cessé de le faire après avoir été en butte aux moqueries d'autres étudiants.

On appela une ambulance. La réaction progressait rapidement et deux minutes après son arrivée dans le bureau de la direction de l'école, Sabrina perdit conscience. Quelques instants plus tard, la titulaire de la jeune fille accourut avec l'auto-injecteur de cette dernière et une dose d'adrénaline lui fut administrée. Mais il était trop tard.

Sabrina ne reprit jamais conscience et mourut le lendemain. Elle n'avait que 13 ans.