Un fléau mondial

Depuis quelques années, on constate une augmentation marquée des cas d'allergies alimentaires dans les pays industrialisés. Ainsi, en Amérique du Nord, on estime que 4 % de la population a des réactions allergiques à divers degrés reliées aux aliments. La proportion des enfants et des adolescents touchés est encore plus élevée avec une prévalence atteignant jusqu'à 6 %.

Les symptômes associés aux allergies alimentaires sont extrêmement variables et tout à fait imprévisibles. Parfois légers, il arrive qu'ils évoluent vers une réaction généralisée (l'anaphylaxie) qui, en l'absence de traitement, peut être fatale. L'ingestion d'une infime quantité d'un aliment peut entraîner chez une personne allergique une réaction grave. C'est apparemment ce qui est arrivé dans le cas de Sabrina. Le coroner en chef qui a présidé l'enquête menée suite au décès de la jeune fille, le docteur Andrew McCallum, croit en effet que les frites servies à cette dernière ont été contaminées par un ustensile qui avait au préalable été en contact avec un plat contenant du fromage.

Loi visant à protéger les élèves anaphylactiques

Dans le cadre d'une conférence de presse tenue presque un an après le décès de Sabrina, le docteur McCallum a insisté sur le fait que des mesures devaient être prises dans les écoles ontariennes afin que les élèves souffrant d'allergies alimentaires soient mieux protégés. Ses recommandations de même que les pressions exercées par Sara Shannon, la mère de Sabrina, et divers groupes de patients ont contribué à l'adoption et à l'entrée en vigueur, le 1er janvier 2006, de la «Loi visant à protéger les élèves anaphylactiques».

Communément appelée «Loi de Sabrina», celle-ci exige que tous les conseils scolaires de la province élaborent une politique relative à l'anaphylaxie. Cette politique doit notamment comprendre une formation régulière sur la façon de faire face aux allergies potentiellement mortelles, et l'obligation d'élaborer un plan individuel pour chaque élève qui souffre d'une pareille allergie. Ce plan doit prévoir, entre autres choses, les stratégies de prévention, le traitement approprié, les mesures d'urgence à mettre en place et l'entreposage des auto-injecteurs d'épinéphrine (EpiPenMD ou TwinjectMD).

Première initiative du genre en Amérique du Nord, la Loi de Sabrina a incité d'autres provinces canadiennes à mettre au point leurs propres politiques en la matière. C'est le cas du Nouveau-Brunswick, de l'Île-du-Prince-Édouard et de la Colombie-Britannique. Des politiques semblables sont à l'étude dans certains états américains et, en Australie, un coroner a recommandé l'adoption d'une loi similaire à celle de l'Ontario.