Une approche globale pour les petits allergiques
Les décès liés à l'anaphylaxie alimentaire sont peu fréquents. Néanmoins, nombre de parents d'enfants souffrant d'allergies alimentaires craignent que leurs petits ne partagent le destin tragique de Sabrina Shannon.
J'en sais quelque chose. Christophe, mon fils, mon amour, est sévèrement allergique à plusieurs aliments.
Depuis le début de sa scolarité au Québec, son père et moi rencontrons à chaque rentrée la directrice de l'école, l'enseignante, la responsable du service de garde, l'éducatrice et l'infirmière scolaire pour discuter des mesures à mettre en place afin d'assurer la sécurité de notre fils et son intégration complète. Tout y passe: la prévention, les récompenses alimentaires, les activités spéciales, l'entreposage des auto-injecteurs, les mesures d'urgence applicables, etc. Un processus exigeant mais absolument nécessaire.
L'approche de l'Ontario n'a pas encore été suivie au Québec. La gestion des allergies alimentaires dans les établissements scolaires primaires et secondaires est, en effet, décentralisée. Ce sont les commissions scolaires, de concert avec les centres de santé et de services sociaux, qui élaborent les protocoles d'intervention applicables dans les écoles de leurs territoires. Le système ne fonctionne pas mal dans l'ensemble, mais étant donné l'importance de l'enjeu, ce manque de cohérence dans l'ensemble du réseau est dénoncé par un nombre grandissant de parents d'enfants allergiques.
Bien sûr, l'adoption d'une politique globale en matière d'anaphylaxie n'est pas une panacée. Néanmoins, elle a l'avantage d'envoyer un message clair et cohérent à tous les intervenants du réseau scolaire du territoire couvert ainsi qu'à la population en général. Elle fournit en outre aux parents d'enfants allergiques un levier pour éviter certains dérapages et allège un peu leur tâche.
Un fardeau trop lourd?
Je me souviens qu'un peu avant l'entrée de mon fils en maternelle en 2003, un journaliste bien connu au Québec avait écrit que les enfants souffrant d'allergies alimentaires sévères représentaient un fardeau trop grand pour le réseau scolaire et qu'ils devraient en être purement et simplement retirés.
Ce point de vue, j'en suis convaincue, est celui d'une toute petite minorité. Comment pourrait-il en être autrement? Environ 53 000 élèves québécois souffrent d'allergie à un ou à plusieurs aliments. Les reléguer au statut de citoyens de seconde zone en leur interdisant la garderie, la prématernelle, l'école (qui, faut-il le rappeler, n'est pas uniquement un lieu d'enseignement mais aussi un milieu de vie et de socialisation) pour des raisons de commodité générale n'est tout simplement pas une option.
Qu'on le veuille ou non, l'allergie alimentaire n'a plus rien d'un phénomène marginal. Elle est devenue un problème de santé publique qu'on ne peut nier et un défi que notre société, dans son ensemble, se doit de relever. Pour le mieux-être de tous.
Le saviez-vous?
Classées au 4e rang des problèmes de santé publique par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), les allergies alimentaires - une pathologie potentiellement mortelle - se multiplient depuis les dernières années.

