Il vous faut avant tout savoir que l'APS (antigène prostatique spécifique) est une protéine qui rend le sperme liquide après l'éjaculation. En temps normal, il est produit par les cellules de la prostate qui en libèrent continuellement une petite quantité dans le sang.
Quant au test d'APS, il consiste en une simple prise de sang qui permet de mesurer le taux de cette protéine, c'est-à-dire une valeur qui reflète la quantité d'APS présente dans le sang d'un homme à un moment donné. On l'utilise:
- pour la détection précoce d'un cancer de la prostate;
- pour le diagnostic (lors d'un examen plus approfondi à la suite d'un test de détection qui paraît anormal);
- pour vérifier la réponse au traitement.
Augmentation du taux d'APS dans le sang
Le taux d'APS dans le sang peut augmenter pour différentes raisons.
Tout d'abord, une prostate qui a augmenté de volume produira plus d'APS, ce qui se traduira par une augmentation du taux d'APS dans le sang. L'hyperplasie bénigne de la prostate (HBP), par exemple, est un grossissement de la prostate qui n'est pas cancéreux et qui est très fréquent chez les hommes qui vieillissent. On dit que presque tous les hommes ont une prostate dont la taille a augmenté lorsqu'ils atteignent l'âge de 70 ans et que l'HBP n'augmente pas le risque de développer un cancer de la prostate.
Par ailleurs, une inflammation ou une infection de la prostate (prostatite) peut faire augmenter le taux d'APS dans le sang. Dans certains cas, une échographie transrectale ou la manipulation de la prostate lors d'une biopsie le peuvent également. Toutefois, on ne considère plus que le toucher rectal ou l'éjaculation aient un impact significatif sur ce taux.
Par conséquent, un taux d'APS peut être élevé sans qu'un homme soit atteint d'un cancer de la prostate. On parle dans ce cas d'un faux positif. Malheureusement, cette fausse alerte peut engendrer des inquiétudes inutiles, mais bien réelles, à l'homme en attente d'un diagnostic qui se révélera négatif pour le cancer, malgré un haut taux d'APS dans le sang.
Cependant, et ce, en présence de cellules cancéreuses, il est possible que le taux d'APS augmente encore plus que dans le cas d'une augmentation bénigne de la taille de la prostate. En effet, les cellules cancéreuses ont tendance à se multiplier de manière incontrôlée formant une tumeur qui produira plus d'APS, tout en laissant l'APS passer plus facilement dans le sang.
À l'opposé, un cancer peut être présent sans que le taux d'APS ne soit nécessairement anormal. On parle alors d'un faux négatif.
En bref, parce qu'un taux d'APS élevé n'est pas nécessairement synonyme de cancer et qu'un taux d'APS normal n'exclut pas hors de tout doute la possibilité de la présence d'un cancer, le test d'APS utilisé seul n'est pas considéré fiable.
L'association du test d'APS et du toucher rectal lors de l'examen de santé annuel augmente la capacité de détecter une anomalie de la prostate. En tant que tests de détection précoce, ils permettent au médecin de déterminer, selon la situation personnelle du patient, s'il est nécessaire de lui faire passer d'autres épreuves, comme par exemple une répétition du test d'APS, un examen plus approfondi des taux d'APS, une échographie transrectale ou une biopsie.
Détection précoce et dépistage du cancer de la prostate
La détection précoce consiste à découvrir un cancer ou un état précancéreux au tout premier stade de la maladie. Ce qui est avantageux, puisque dans la plupart des cas, le traitement à un stade précoce améliore les chances de réussite. Quant au dépistage, il permet de déceler un cancer encore plus tôt, avant même que des signes et symptômes ne se soient manifestés.
Bien que les experts ne s'entendent pas sur les lignes directrices de dépistage qui ciblent la population en général, la Société canadienne du cancer recommande que tous les hommes âgés de 50 ans ou plus discutent avec leur médecin des avantages et des risques possibles de la détection précoce à l'aide du test d'APS et du toucher rectal, afin de pouvoir prendre une décision éclairée à ce sujet. Elle considère également que tout homme exposé à un risque élevé de cancer de la prostate (en raison d'une histoire familiale de cancer ou d'une ascendance africaine) devrait s'informer de l'importance de subir ces épreuves dès l'âge de 40 ans.
Valeur normale du taux d'APS dans le sang
Il faut garder en tête que le taux d'APS est différent pour chaque homme et qu'il peut être influencé par plusieurs facteurs tels que l'âge, la race, la taille de la prostate ou la présence d'une inflammation de la prostate. C'est pourquoi on évite de parler d'une valeur «idéale», mais plutôt d'intervalles de valeurs considérées comme «normales».
Le taux d'APS est habituellement exprimé en nanogrammes par millilitre (ng/mL), une unité de concentration.
| Groupe d'âge | Taux d'APS considéré comme « normal » |
| 40-49 | 0,0 à 2,5 |
| 50-59 | 0,0 à 3,5 |
| 60-69 | 0,0 à 4,5 |
| 70-79 | 0,0 à 6,5 |
Comme vous pouvez le constater, la quantité d'APS dans le sang a tendance à augmenter avec l'âge. Tout écart avec ces valeurs n'est pas nécessairement problématique, mais une augmentation peut indiquer qu'on a affaire à un changement, qui n'est pas forcément synonyme de cancer. Par contre, plus le taux d'APS est élevé, plus il y a de risque qu'un cancer de la prostate soit présent. Évidemment, cela n'exclut pas le fait qu'un cancer puisse être présent même avec un taux d'APS inférieur à 4,0.
Qu'entend-on par vélocité du taux d'APS?
En fait, il est plus important de savoir si le taux d'APS a augmenté ou diminué que de connaître la valeur du taux lui-même. En effet, la variation du taux d'APS dans le temps, ou vélocité, est plus significative que le taux à un moment précis. Il peut donc s'avérer nécessaire de passer plusieurs tests d'APS répétés et espacés dans le temps. On devrait comparer les résultats d'au moins 3 tests d'APS au cours d'une période de 18 mois, afin d'en connaître l'évolution. Les résultats ainsi obtenus permettraient de déterminer s'il y a une hausse réelle du taux d'APS.
Les taux d'APS ont tendance à augmenter plus rapidement chez un homme atteint d'un cancer de la prostate que chez un homme qui n'a pas de cancer. Toutefois, cet indicateur n'est pas infaillible; il peut parfois augmenter jusqu'à 20% même en l'absence d'un cancer.
Comme vous le voyez, René, quand il est question d'interpréter le taux d'APS, il vaut mieux s'en reporter à son médecin. C'est lui qui connaît bien votre situation et qui pourra déterminer si des examens plus approfondis sont nécessaires. Nous vous invitons donc à discuter de ce qui vous inquiète avec lui.


