Pourtant, avec le recul, force est de constater que malgré cette tare, M. Johnson a laissé un héritage aussi important sinon plus que Jean Lesage à déposer dans le riche coffret de la Révolution tranquille. À même ce legs immense, pourtant réalisé sous l'impulsion d'un homme gravement malade: les ministères de l'Immigration et des Affaires intergouvernementales, le Haut-Commissariat aux loisirs et aux sports, la Régie de l'assurance maladie, l'Institut de tourisme et d'hôtellerie, l'Université du Québec, la société Radio-Québec, l'Office franco-québécois pour la jeunesse et le Bureau de la protection du citoyen; il met aussi en place le système de prêts et bourses aux étudiants et fait adopter les lois sur les allocations familiales et la protection de la jeunesse. Avec un tel bilan sur une si courte période, on peut penser que si Daniel Johnson avait été en bonne santé, le Québec aurait aussi colonisé l'Union soviétique, la Chine et la lune! 

Est-ce que Daniel Jonson aurait pu faire plus en révélant son état de santé à la population? Était-il irresponsable en le cachant? Lui et ses successeurs, Robert Bourassa et René Lévesque, ont certainement laissé une partie de leur santé dans les combats qu'ils ont menés, disons-le franchement, au service de leurs concitoyens. On les imagine, de jour comme de nuit, à s'user dans leur métier où ils utilisent une grande partie de leur intelligence à promouvoir leurs idéaux, mais presque la totalité de leur énergie à éteindre des feux, à repousser des assauts, à encaisser les coups, à contre-attaquer. La maladie aurait-t-elle pu obstruer leur jugement?