Politiciens malades: du bon et du moins bon
Où en serions-nous collectivement s'ils n'avaient pas été «malades»? J'ai travaillé ou transigé dans ma carrière avec une bonne vingtaine de politiciens à des niveaux assez élevés des appareils politiques québécois. Ce n'est peut-être pas beaucoup, mais, en même temps, c'est certainement assez, pour dérouiller la question.
Jacques Parizeau, à l'époque où il était ministre des Finances du Québec, souffrait d'importantes et douloureuses crises de zona qui pouvaient littéralement l'empêcher d'avoir toute sa tête à des moments clés qui comme on le sait, sont légion en politique.
Pourtant, coté lumière, durant cette période et encore plus dans les années 60, M. Parizeau a contribué à faire du Québec un État résolument moderne au plan de ses institutions économiques en travaillant à la création d'Hydro-Québec, de la Caisse de dépôt et placement, de la Société générale de financement et en fabriquant dans les années 70 et 80 des budgets de type social-démocrate.
Et que dire de la mystérieuse «dépression» de René Lévesque en janvier 1985 qui fait encore jaser et écrire de nos jours. Pierre-Marc Johnson, présumé dauphin du premier ministre, appelé au chevet du malade à titre de médecin, eut à prendre la décision (avec d'autres) d'hospitaliser son chef, exténué. «Ça se voyait à l'oeil nu», dit Johnson à propos de cet incident. Curieux destin pour celui que d'aucuns, à tort, ont accusé de travailler au départ forcé du chef du Parti québécois.
Et puis miracle, Lévesque sort de l'hôpital deux jours plus tard. Il appartient, selon ses médecins, à la tranche des 10% de la population de son âge qui est en très bonne forme. M. Lévesque prendra sa retraite de la politique cette même année et décédera deux ans plus tard d'une crise cardiaque.
Au Québec, comme ailleurs, des malades nous gouvernent. Est-ce la démocratie qui les rend malades? C'est peut-être la passion, alors.

