Diane, 41 ans, a tout pour être heureuse: deux fillettes en santé, un conjoint qui l'adore, une carrière universitaire qui lui vaut le respect de son entourage. Pourtant, elle est toujours inquiète.

«Enceinte de mes jumelles, je vivais dans l'inquiétude constante qu'elles meurent avant la naissance. J'ai accouché dans la peur de les perdre et, encore aujourd'hui, alors qu'elles ont 10 ans, je crains toujours qu'elles tombent malades. J'ai aussi la trouille de voir mon compagnon me quitter pour une femme plus belle, plus intéressante.» Diane s'en fait également pour sa santé: elle examine ses seins d'une manière compulsive, «s'il fallait que j'y découvre une bosse...»; et une simple douleur intercostale lui fait imaginer l'arrêt cardiaque. Diane sait qu'elle s'inquiète pour rien, «mais c'est plus fort que moi», soupire-t-elle.

Diane n'est pas la seule. Les anxieux sont plus nombreux qu'il n'y paraît et ils souffrent beaucoup. Qu'y a-t-il derrière cette habitude de se faire du mauvais sang? Et peut-on arriver à ne plus s'inquiéter à propos de tout et de rien?

Vision négative du monde
«Les anxieux possèdent une vision menaçante du monde extérieur, une vision défaillante de leur monde intérieur, une vision négative, observe Esther Karam-Therrien, thérapeute en relation d'aide. Incapables de laisser les choses arriver naturellement, ils ont besoin de tout contrôler. Et tout alimente leur inquiétude.

Or, la peur, causée par un danger réel - l'avion va vraiment s'écraser: vous avez raison d'être inquiet! - est une émotion d'anticipation. Mais l'inquiétude sans fondement est une perception noire de la réalité, comme s'il se tramait quelque chose en soi et autour de soi. Cela empoisonne l'existence, les inquiets le savent très bien. Mais ils continuent de craindre les réactions et les jugements des autres, de même que tout ce qui se rapporte à l'avenir, immédiat ou lointain.