L'étude, publiée dans le numéro du 22 février 2009 de Nature Neuroscience, démontre que la présence ou l'absence de sévices à un âge précoce agit sur le fonctionnement des gènes, lesquels auront un impact sur le comportement de l'enfant et sa capacité de résistance au stress.

«L'expérience clinique nous a appris qu'une enfance difficile peut avoir des conséquences sur le cours de la vie», souligne un des chercheurs, le docteur Gustavo Turecki, du Département de psychiatrie de l'Université McGill, qui pratique à l'Hôpital Douglas. «Aujourd'hui, nous commençons à comprendre les conséquences biologiques des sévices psychologiques», ajoute son collègue, Moshe Szyf, professeur au Département de pharmacologie et thérapeutique de l'Université McGill.

«Les interactions entre l'environnement et l'ADN jouent un rôle crucial dans la capacité de résistance au stress, d'où le risque de suicide. Les marques épigénétiques sont précisément le fruit de ces interactions», précise le docteur Michael Meaney, professeur aux Départements de psychiatrie et de neurologie et neurochirurgie de l'Université McGill, également rattaché à l'Hôpital Douglas.

Étude des cerveaux

Les chercheurs ont découvert ces interactions en étudiant 36 cerveaux, dont 12 de personnes suicidées ayant été victimes de mauvais traitements, 12 de suicidés n'ayant pas été victimes de mauvais traitements et de 12 témoins. Ils ont découvert, chez les sujets ayant subi des sévices, différentes marques épigénétiques. Ces marques agissent sur le fonctionnement de l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HHS), qui fournit à l'organisme, à travers un relâchement d'hormones, la capacité de s'adapter à des événements imprévus, réduisant la capacité du sujet à «résister au stress».

L'ADN est transmis par les parents; il reste le même toute la vie et il est identique dans chacune des parties du corps. Toutefois, pendant la grossesse, les gènes de notre ADN sont marqués par un «revêtement chimique». Ces marques sont sensibles à l'environnement, particulièrement au tout début de la vie. Chez l'enfant, les mauvais traitements influencent le marquage épigénétique et altèrent les réponses au stress modulées par l'axe HHS et augmentent le risque de suicide.