Mythe no. 3: « Si les TA impliquent la biologie, il n'y aura donc plus de place pour la psychothérapie, ou d'attention portée aux besoins émotionnels et aux facteurs familiaux dans le traitement. Â»

Même si de plus en plus d'attention est portée sur les influences biologiques pouvant en partie causer les TAs, le traitement de ceux-ci dépend toujours sur un processus interpersonnel - une révélation - qui se développe entre la personne en traitement, son ou ses thérapeute(s), et les autres personnes avec qui elle pourra peut-être décider de partager son travail vers la rémission.

En fait, l'emphase mise sur le rôle que la biologie joue a, paradoxalement, donné un côté « humain Â» à la thérapie. Lorsque nous comprenons que les susceptibilités biologiques (liées à l'anxiété, au fait d'aimer les choses en ordre et très contrôlées, ou à la dérégulation de l'appétit) jouent un rôle dans le risque de développer un trouble de l'alimentation, et qu'elles deviennent amplifiées sous l'effet de la malnutrition durant un trouble actif, on devient moins prompt à critiquer la personne souffrant d'un TA, en la trouvant obstinée ou résistante au changement quand elle (ou il) a de la difficulté à garder sous contrôle les symptômes alimentaires.

Plus réalistement, les traits héréditaires et le tempérament, amplifiés par les effets de la malnutrition et de l'environnement (et non par l'obstination) expliquent l'apparente rigidité ou le besoin de contrôle excessif de ces personnes lorsqu'elles sont sous l'influence d'un trouble alimentaire actif.

Pareillement, même si le fonctionnement de la famille peut être un facteur, les troubles alimentaires ne sont pas « causés Â» par des mères anxieuses agissant de façon surprotectrice, ou par des pères émotionnellement absents. Nous ne pointons plus les parents du doigt comme étant la cause du trouble de l'alimentation de leur enfant.

En fait, il y a eu un grand changement-très bénéfique, selon moi, vers des interventions thérapeutiques qui blâment et humilient moins les gens, et qui les assistent et les guident plus, aidant ainsi les personnes souffrant d'un TA et leurs proches à reconnaître et à diriger l'influence des traits dont ils ont hérités; des sensibilités émotionnelles et des modes de pensée qui parfois expliquent l'unique vulnérabilité au développement d'un TA.

Pas un signe de faiblesse

Les gens ne développent pas un trouble de l'alimentation parce qu'ils sont faibles ou stupides, ou parce qu'ils l'ont « cherché Â». Je crois que lorsque quelqu'un développe un TA, c'est parce qu'il y a eu une malheureuse, et bien souvent inévitable, collision de facteurs psychologiques, sociaux, et biologiques.

C'est un peu comme si vous marchiez seul sur le trottoir alors que des déménageurs échappent un piano du dernier étage. Vous ne demandez pas à être frappé, mais si vous l'êtes, vous avez maintenant le boulot de devoir réparer les dommages. En d'autres mots, vous ne pouvez pas toujours éviter ce qui se produit lorsque vos susceptibilités génétiques (à être anxieux, perfectionniste, à préférer l'ordre et le contrôle) se trouvent amplifiées par des stress familiaux et sociaux (comme la surprotection, la négligence, les séparations, l'expérience d'échecs, et les critiques), et finalement se retrouvent activées par les effets des régimes. Il est cependant possible de réparer les dommages. Habituellement, cela signifie apprendre à bien vivre avec ses traits, en les utilisant de bonne façon, tout en limitant toute tendance à l'excès, et lorsque nous parlons de troubles alimentaires, invariablement, arrêter d'être au régime est l'ultime facteur.

  

Cet article a été traduit par Patricia Groleau.