On est bombardés d'informations sur l'importance de bien manger. Les saines habitudes alimentaires sont valorisées, et avec raison. Le hic, c'est que ce désir de bien manger tourne parfois à l'obsession. C'est ce qu'on appelle l'orthorexie, un trouble alimentaire mis en lumière il y a quelques années par le docteur américain Steven Bratman.

Si l'orthorexie n'est pas encore officiellement reconnue comme une maladie, comme le sont l'anorexie et la boulimie, elle existe néanmoins. Sauf qu'à la différence de celles-ci, l'orthorexie n'est pas associée à la quantité de nourriture avalée, mais bien à sa qualité. Les personnes orthorexiques s'imposent la perfection au menu. Elles planifient leurs repas plusieurs jours à l'avance, s'inventent des règles alimentaires et peuvent passer des heures à l'épicerie à lire et relire les étiquettes de façon compulsive afin de s'assurer de ne consommer ni gras, ni sucre, ni aliments transformés ou contenant des additifs. Manger devient un véritable casse-tête.

Quête obsessive de la perfection

Nutritionniste et psychothérapeute à la Clinique psychoalimentaire, Josée Guérin, membre de la Société québécoise des psychothérapeutes professionnel-les (SQPP), remarque que les personnes orthorexiques sont peu portées à consulter. « Quand elles le font, c'est parce que ça occupe toute la place dans leur vie. Quand ça devient une obsession; que ça prend beaucoup de place dans leur tête et beaucoup de temps dans leurs activités quotidiennes », explique la spécialiste.

La ligne est mince entre une saine alimentation... et une quête obsessive de la perfection alimentaire, selon Josée Guérin. Quant aux risques de l'orthorexie, ils seraient davantage psychologiques que physiologiques. Bien des orthorexiques en viennent à se couper de leur cercle social. « Elles vont s'empêcher d'aller voir des amis de peur qu'on leur offre de la nourriture, ou encore d'aller souper au restaurant ou dans leur famille, par crainte de ne pas être capables de respecter les strictes règles alimentaires qu'elles se sont elles-mêmes imposées. Petit à petit, elles se retrouvent isolées », constate Josée Guérin.   

Les personnes orthorexiques se retrouvent coincées dans une spirale sans fin: le fait de commettre une « faute » alimentaire engendre chez elles une forte culpabilité. Elles deviennent par la suite encore plus rigides face à la nourriture admise dans leur assiette.

À l'instar de l'anorexie et de la boulimie, l'orthorexie toucherait davantage de femmes que d'hommes. « Les personnes qui ont un trouble du comportement alimentaire ont souvent des traits de personnalité communs, observe la nutritionniste Josée Guérin. Parmi ceux-ci, le perfectionnisme et une attitude d'intransigeance envers soi-même.