Nathalie écoute chacun attentivement, ne se fâche jamais. Ses propos, toujours mesurés, ne font pas de vagues. C'est la gentille, la douce Nathalie qui, partout, fait l'unanimité. Un jour cependant, au cours d'une réunion de professeurs, alors qu'elle est la seule de tout le groupe à ne pas critiquer l'attitude tyrannique de la directrice, une consoeur lui lance au visage: « Dis-le, toi aussi, que tu ne peux pas la sentir, la directrice! »

Et, après un silence, d'ajouter: « Toi, Nathalie, tu es une hypocrite! Toujours cette voix et ce sourire mielleux! On ne sait jamais ce que tu penses réellement. »

Nathalie en a été estomaquée. Mais l'attitude de cette collègue fut, pour elle, le début d'une prise de conscience. Nathalie porte un masque depuis son enfance. Son rôle de fille gentille, elle le joue à la perfection. Mais à l'intérieur, la vraie Nathalie se sent traquée, bâillonnée... comme le sont souvent les personnes qui portent un masque.

Peur de dire ou de vexer

« On ne porte pas un masque sans raison, observe la psychologue Claire Bélanger. On le fait parce qu'on a peur de vexer, peur de dire non, peur de l'autorité, peur de la façon dont on sera perçu. On veut se faire aimer. Et on se coupe de soi-même pour être avec les autres. « Si je me montre tel que je suis, on va peut-être me rejeter. Et je ne serai pas capable de le supporter », se dit-on en soi-même. Alors, avec le temps, à force de dissimuler ce qu'on est et ce qu'on veut, de ne pas montrer ce qui nous habite, on en vient à ne plus savoir qui on est vraiment. On s'est perdu en chemin. On s'est rejeté soi-même. C'est une sorte d'automutilation. Vouloir se faire accepter, admirer, aimer est un désir légitime. Mais jamais au prix de sa liberté, de sa vérité. »