Jouer avec la vie des autres
Quelques jours seulement après avoir terminé son «traitement de guérison», le 29 juin 1990, l'auteure de ce journal est retrouvée morte dans son lit. Elle avait suivi à la lettre les recommandations de sa «médium-guérisseuse» qui appartenait aux «Médecins du ciel». La victime ne souffrait pas d'une maladie mortelle. Elle était diabétique, asthmatique et hypothyroïdienne.
Les «Médecins du ciel» étaient dirigés par deux médiums sévissant à Montréal. Ils chapeautaient plusieurs autres médiums qui pratiquaient dans différentes villes du Québec. La croyance partagée par l'ensemble de ce regroupement voulait que les esprits de médecins ou de guérisseurs décédés puissent guérir toutes les maladies, à une condition: abandonner toute forme de médication. Cette exigence excessive et dangereuse a été scrupuleusement suivie par de nombreux clients attirés par la promesse de guérison.
Trouver le mal, appeler les esprits
La thérapie proposée par les «Médecins du ciel» était d'une simplicité désarmante. Elle consistait tout d'abord en une sorte d'anamnèse durant laquelle le client confiait des pans entiers de sa vie privée. Cette première étape permettait au médium-guérisseur, faisait-on croire au client, de trouver les causes de sa maladie ou de ses malaises psychologiques. Les «Médecins du ciel» soutenaient la théorie voulant que la maladie soit causée par des émotions refoulées. Il s'agissait donc, par l'anamnèse, d'identifier les moments de la vie du client qui avaient engendré ces émotions négatives.
La deuxième étape était confiée aux fameux esprits des praticiens décédés. Le médium-guérisseur faisait entrer son client dans une autre pièce où il lui demandait de s'allonger. Portant ses mains à quelques centimètres de son client, il entrait en contact avec les esprits. Ce manège pouvait durer de cinq à quinze minutes tout au plus. Puis, le médium-guérisseur sortait de la pièce. Le reste de la séance était confié aux esprits qui opéraient le corps éthérique, sorte d'enveloppe énergétique qui entoure le corps humain, selon certaines croyances.
Aussi incroyable que cela puisse paraître, de nombreux Québécois se sont pliés aux exigences de ces médiums-guérisseurs. Comme il fallait s'y attendre, certains clients en sont morts, comme l'auteure du journal que nous avons cité. Ceux qui survivent souffrent psychologiquement et physiquement avant de revenir à la raison.

