Tabous et préjugés

Malheureusement, malgré les campagnes de sensibilisation, les problèmes de santé mentale au travail demeurent tabous. «Ceux qui en souffrent ne vont pas chercher d'aide, d'autant moins s'il s'agit de cadres ou de patrons. Il y a encore énormément de préjugés. On comprend mieux aujourd'hui qu'une personne puisse être en dépression, mais il y a encore du chemin à faire», observe Estelle Morin. Un avis que partage Jean-Pierre Brun: «On a l'habitude de juger plutôt que d'aider. Beaucoup croient encore qu'un congé de maladie équivaut à des vacances!» déplore-t-il.

«Ceux qui souffrent de problèmes de santé mentale ne vont pas chercher d’aide. Il y a encore énormément de préjugés.»

Aide et soutien

Comment peut-on aider un collègue qui souffre d'un problème de santé mentale? «D'abord et avant tout, en le traitant avec respect», affirme Estelle Morin. Selon elle, mieux vaut éviter de donner des conseils. L'écoute reste la meilleure solution. «On évite de rapporter ça à soi - "Moi aussi, j'ai déjà vécu ça..." - et, surtout, on ne banalise pas ce qu'il vit - "Tu vas voir, ça va passer!"» La psychologue recommande de faire preuve de patience, de bienveillance et de se montrer positif. On peut aussi parler à notre collègue des ressources d'aide disponibles dans notre milieu de travail ou des associations de soutien. Dans les cas plus graves, par exemple lorsqu'on décèle chez la personne des intentions suicidaires, on a le devoir de faire part de la situation aux ressources humaines ou au patron de l'entreprise, estime Jean-Pierre Brun.

Retour au travail

Qu'en est-il lorsque notre collègue revient au travail après un congé de maladie pour un problème psychologique? Idéalement, explique Jean-Pierre Brun, il faudrait maintenir un lien avec la personne pendant son absence, de façon à ce que celle-ci ne soit pas complètement déconnectée à son retour. Bien sûr, le contact sera maintenu dans la mesure où notre collègue le veut bien.

Le spécialiste suggère de préparer le retour de l'employé à l'avance. «Par exemple, on s'organise pour que son bureau ne soit pas occupé par quelqu'un d'autre le jour de son arrivée!» Estelle Morin conseille pour sa part de respecter les limites de la personne et de lui laisser le temps de reprendre le rythme. «À son retour, on lui manifeste notre soutien. Les petits gestes sont importants. L'idée, ce n'est pas de préparer une banderole, mais de faire savoir à notre collègue qu'on est là pour lui», ajoute Jean-Pierre Brun.

Saviez-vous que

Selon les estimations de l'Organisation mondiale de la Santé, la dépression pourrait bien devenir, dès 2020, la deuxième cause d'invalidité dans le monde?