On dit souvent que la nature fait bien les choses… Est-ce aussi le cas des produits de santé naturels? Il semble que non. Certains sont loin d’être inoffensifs.
Selon Pierre Haddad, professeur titulaire au département de pharmacologie de l'Université de Montréal, comme les produits naturels peuvent avoir des effets significatifs sur l'organisme, il faut les prendre de façon responsable. D'ailleurs, une étude de l'Université de l'Alberta conclut que les interactions entre les produits naturels et les médicaments sont sous-estimées, autant par la population que par les professionnels de la santé.
La prudence s'impose
Certains produits de santé naturels demandent une attention particulière même s'ils se retrouvent en vente libre. Jean-Louis Brazier, professeur à la Faculté de pharmacie de l'Université de Montréal cite en exemple le millepertuis connu pour ses interactions médicamenteuses documentées. D'autres produits pour des maladies comme l'Alzheimer ou le diabète pourraient inciter à l'autodiagnostic entraînant l'automédication, une action très risquée...
Monsieur Brazier s'inquiète d'ailleurs du message envoyé aux consommateurs lorsqu'ils verront un produit de santé naturel approuvé par une institution gouvernementale. Il donne l'exemple des boissons énergisantes. «Red Bull a obtenu son numéro de produit naturel (NPN) par Santé Canada. Maintenant, la compagnie utilise cette licence pour faire de la publicité.» Pourtant, la caféine prise en grande quantité peut avoir des effets indésirables importants, rappelle le professeur à la Faculté de pharmacie de l'Université de Montréal.
Le pharmacologue Pierre Haddad reste plus nuancé quant aux possibles interactions entre les produits de santé naturels et les médicaments. Bien qu'il faille y porter attention, il mentionne que 70 % de la population consomme des produits de santé naturels, mais ils ne consomment pas tous des médicaments.
Il rappelle par contre que tout ce qu'on ingère peut comporter un risque d'interaction. «Il faut augmenter la recherche sur les produits de santé naturels et ses effets, car les données sont encore très rares. Sans compter que le risque d'interaction avec les médicaments dépend beaucoup de l'espèce utilisée, il existe par exemple trois espèces d'échinacée, et de la partie de la plante utilisée dans la préparation.» Dans le cas de données rares ou inexistantes, le principe de précaution s'applique.

