Les Nations Unies estimaient, en 2005, que seulement 11% des femmes enceintes dans le monde avaient accès aux services de prévention de la transmission mère-enfant (PTME) du VIH/SIDA, et que près de 700 000 enfants contractaient la maladie chaque année, principalement de leur mère. C'est ce qu'on appelle «la transmission verticale», par opposition à «la transmission horizontale»  du VIH d'un partenaire sexuel à un autre, ou encore, par une seringue contaminée.

Droits individuels versus droits collectifs

Tout d'abord, dilemme classique de la santé publique, la PTME oppose les droits et libertés de l'individu aux droits de la population en général. Doit-on soumettre le droit de la personne de ne pas connaître son statut sérologique (Suis-je porteur du VIH ou non? Et si je ne veux pas le savoir?) au droit de la communauté de protéger ses enfants à naître?

Apprendre que l'on est porteur du VIH, et le communiquer à son partenaire, a de lourdes conséquences. Les femmes séropositives sont particulièrement victimes du rejet en raison de leur statut social souvent précaire, notamment dans les pays en développement. Ainsi, toute intervention les visant, y compris les programmes de PTME, doit prendre en compte avec beaucoup de sensibilité les enjeux éthiques qui se posent.

Sauver des bébés pour en faire des orphelins

De plus, comme son nom l'indique, la PTME a pour principal objectif la protection de l'enfant à naître. Cependant, si les programmes de PTME visent avant tout à réduire le taux de nouveau-nés infectés par le VIH, ils peuvent aussi constituer un point d'entrée privilégié pour offrir des soins aux femmes séropositives  et à leurs partenaires. En théorie.

Dans un contexte où ces services sont limités,  souvent absents, la PTME apporte  peu d'avantages aux femmes enceintes les exposant même à des risques potentiels pour leur propre santé, comme les effets secondaires des médicaments et le danger de développer des résistances aux antirétroviraux utilisés pour prévenir la transmission de l'infection chez leurs bébés. Est-ce dire que nous sauvons des bébés pour en faire des orphelins? Partie intégrante des soins de santé reproductive, les services de PTME devraient pourtant partager avec eux le même objectif: promouvoir la naissance de bébés en santé nés de mères en santé. Rappelez-vous: la survie des nourrissons est intimement liée à celle de leur mère.