Quand informer signifie dénoncer

La PTME soulève plusieurs questions éthiques: par exemple, devrait-on offrir la prophylaxie si le dépistage n'est pas accessible?

Diverses stratégies sont proposées dans ce domaine: doit-on offrir à toutes les femmes le test de dépistage ou attendre qu'elles le demandent? La notification du partenaire pose d'autres problèmes: est-il éthique de dépister une femme enceinte pour protéger son enfant, alors que cela la met à risque d'être rejetée? Et pourtant informer le partenaire est souvent essentiel pour permettre à une femme d'accéder aux traitements, spécialement dans les pays où le statut des femmes est inférieur à celui des hommes. 

Ouvrir la porte à la résistance
Les traitements préventifs et curatifs des mères et de leurs bébés, durant la grossesse et l'accouchement, soulèvent également de nombreux questionnements: veut-on simplement prévenir la maladie chez l'enfant, ou en profitera-t-on pour traiter la mère aussi? Lorsqu'il y a peu de ressources, choisira-t-on de soigner un individu avec la trithérapie ou optera-t-on pour la prévention de la transmission du virus chez un plus grand nombre par la prophylaxie? 

De plus,  pour des considérations d'ordre pratique, on propose le plus souvent, dans les pays à faibles ressources, un traitement antirétroviral en dose unique, ce qui non seulement ne peut être qualifié de «best practice», ou d¿attitude thérapeutique de choix en VIH/SIDA, mais expose les mères au risque de développer une résistance à ce médicament.

Allaitement: mourir du SIDA ou de la diarrhée
En dernier lieu, que dire des interrogations éthiques concernant l'allaitement maternel des bébés par leurs mères séropositives? 

C'est un sujet très délicat. Dans le contexte où une alimentation de substitution adaptée et sécuritaire n'est pas disponible, se pose le dilemme de protéger un enfant du VIH/SIDA en l'exposant au danger de mourir d'une diarrhée commune contre laquelle il aurait été mieux protégé si on l'avait allaité.

Enfin, le simple fait que les services de PTME soient si peu accessibles aux femmes enceintes qui en ont besoin soulève d'autres questionnements éthiques. Alors que les traitements sont quasi obligatoires dans les pays développés ¿ au Québec, la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) intervient si une mère refuse la prophylaxie à son enfant ¿ ils ne sont toujours pas disponibles pour près de 90% des nouveau-nés sur la planète! Bien que des financements importants aient été accordés à la PTME au cours de la dernière décennie, notamment par le Fonds Global, il reste encore beaucoup à faire.

Dans une optique d'équité Nord-Sud et Est-Ouest, on peut se questionner sur la persistance de ces disparités, inacceptables d'un point de vue humanitaire. Qu'en pensez-vous?