Les examens médicaux que le gouvernement du Canada fait passer aux candidats à l’immigration sont incomplets. D’où une certaine confusion quant à l’état général de santé des nouveaux arrivants et de la protection du public.
Monsieur Singh, un vieil homme à la longue barbe blanche et dignement coiffé de son turban, me regarde d'un oeil méfiant. Devant l'insistance de sa bru, une Québécoise de souche qui est ma patiente depuis plusieurs années déjà, il a finalement accepté de l'accompagner en consultation aujourd'hui. Elle se dit soulagée, car elle craint que son beau-père, qui joue beaucoup avec ses petits-enfants, ne soit atteint d'une «maladie tropicale». Ce digne monsieur indien, quant à lui, finit par m'avouer qu'étant maintenant immigrant reçu, il n'a plus rien à craindre. D'ailleurs, rien ne pressait puisque son examen médical d'immigration était normal.
L’examen d’immigration n’a nullement pour objectif d’évaluer l’état de santé global d’un individu.
Des pratiques sanitaires qui n'ont pas évolué
Le Canada est traditionnellement un pays d'immigration. On est bien sûr très loin des premiers migrants européens, victimes de scorbut et de tuberculose, qui sont arrivés en bateau à la fin du XIXe siècle. En 2006, 251 649 immigrants pleins d'espoir ont posé leurs valises au Canada; espoir d'un avenir meilleur et surtout, en santé.
Le nombre d'immigrants augmente, on le sait, mais également la provenance des nouveaux arrivants se fait de plus en plus diversifiée: ils sont maintenant issus de plus d'une vingtaine de pays dont la Chine, l'Inde, les Philippines et le Pakistan. Malgré cette évolution, les politiques sanitaires canadiennes sont restées relativement les mêmes. Les objectifs d'avant la Confédération, qui justifiaient la mise en quarantaine des lépreux, sont à ce jour les mêmes pour tout visiteur, quels que soient sa provenance ou son type de migration.
La Loi sur l'immigration et la protection des réfugiés (LIPR) prévoit trois motifs sanitaires d'inadmissibilité à l'immigration:
1) danger pour la santé publique (ex.: contagion)
2) danger pour la sécurité publique (ex.: crime organisé, terrorisme)
3) fardeau excessif pour les services sociaux ou de santé
L'examen d'immigration n'a donc nullement pour objectif d'évaluer l'état de santé global d'un individu. Il vise fondamentalement à protéger les citoyens contre des maladies qui sont endémiques au delà des frontières canadiennes (la tuberculose par exemple). Accessoirement, il vise aussi à éviter la prise en charge d'individus souffrant de maladies dont les traitements seraient coûteux: les insuffisants rénaux terminaux dont l'état nécessite une dialyse, entre autres. Les demandeurs d'asile et réfugiés sont naturellement exemptés de ce critère, leur vie étant en jeu pour d'autres raisons.

