J'ai toujours cru qu'il existait deux phénomènes à la fois justes et inéluctables dans la vie: la mort et la presbytie. Mais un jour, on me fit comprendre que j'avais tort. La mort demeurait peut-être inéluctable, mais loin d'être juste pour tous. O.K. pour la mort! Cependant, sans méprise, la presbytie demeure un phénomène insidieux qui nous attend tous aux environs de cinquante ans, que l'on soit beau ou laid, pauvre ou riche, noir, jaune ou blanc, myope ou hypermétrope.

On constatera les premières manifestations de la presbytie en éprouvant de la difficulté à lire un texte de près alors qu'on pouvait lire le même texte quelques mois auparavant. Situation éprouvante classique du début. Au restaurant, sous un éclairage tamisé, on s'aperçoit qu'on ne distingue plus les mots dans le menu (ou, plus grave, les prix!) même en le repoussant jusqu'au beau milieu de la table pour le lire à bout de bras. Pour laisser croire qu'il n'est pas presbyte, le myope, malin, lèvera ses verres (et non son verre) sur le front. Viendra le jour où l'on nous verra affublé de «verres de vieillesse» candidement appelés «verres de lecture» et qui sauront révéler ignominieusement notre âge canonique.

L'¿il vieillissant

Comme nous l'avons dit, la presbytie (¿¿¿¿¿¿¿ qui signifie «vieux» en grec) est inéluctable et touche les deux yeux. Il s'agit, en fait, d'une perte progressive du pouvoir d'accommodation du cristallin qui serait due à une modification de ses structures anatomiques. Ainsi, le corps et les muscles ciliaires entourant le cristallin s'usent progressivement et en altèrent la souplesse. Qu'on le veuille ou non, l'âge a altéré progressivement notre capacité de lire.