Le jeune ado (11-13 ans): les stéréotypes sexuels
Suis-je belle? Comment savoir si je plais? Est-ce normal, toutes ces nouvelles sensations que je ressens? Pourquoi l'amour ne dure-t-il pas? Comment ça se passe la première fois? Ça fait mal? Comment savoir quand on est prêt? Peut-on dire non sans passer pour une niaiseuse?
Prise dans l'ornière des stéréotypes sexuels culturels, la préoccupation pour le corps frôle maintenant l'obsession. Il est toujours trop: trop maigre, trop gros, trop poilu, trop mou, trop ventru, trop en cuisses... Ou pas assez: pas assez musclé, pas assez lisse, pas assez mince, pas assez ferme, pas assez beau, pas assez performant... Il y a une vingtaine d'années, les enfants des deux sexes se demandaient, vers 12 ans, comment bien embrasser. Ceux d'aujourd'hui s'inquiètent de la conformité et de la capacité de leurs organes sexuels. À peine entrés dans l'adolescence, et malgré que l'un et l'autre échouent aisément à localiser le clitoris sur une planche anatomique, ils recherchent un Kama Sutra ado.
«J'avais une blonde, je l'aimais comme un fou. On s'embrassait et on se touchait un peu... Elle a voulu me faire une fellation... Je n'étais pas rendu là , alors elle m'a "flusché" en disant que je n'étais pas déniaisé. Maintenant, elle rit de moi avec sa gang. En plus d'avoir une peine d'amour, je me sens comme un nul. Aidez-moi...»
Antonin, 12 ans
Faut-il se surprendre que des fillettes jouent les séductrices à 11 ans? Les queen fellationnistes à 13 ans? Elles ont appris à percevoir le sexe, leur sexe, comme une valeur marchande? Je pense à ce coup de fil désespéré de la direction d'une école qui ne savait plus où donner de la tête: sur l'heure du midi, des enfants de 5e et 6e années (11 et 12 ans) se rendent au parc voisin où, contre quelques dollars, des filles distribuent des turluttes aux garçons. La problématique s'amplifie du fait que les clients, fervents de ce service, piquent de l'argent à leurs parents pour se l'offrir...
J'entends le lecteur argumenter que tous ne sont pas touchés! S'il est vrai qu'ils ne sont pas tous emportés par la vague, ils sont tous et toutes concernés, sollicités par cette déferlante.

