Lise et David ont quatre cartes de crédit - deux chacun dans les magasins La Baie et Sears - dont le solde atteint la limite accordée. Sans compter l'hypothèque à payer, les paiements de l'automobile et les études des enfants... Cependant, leur revenu commun de 60 000 $ ne leur permet pas de régler leurs dettes sans accumuler d'intérêts.

Comme eux, de nombreux ménages sont aujourd'hui entraînés dans la spirale du surendettement. Aidés par les faibles taux d'intérêt des dernières années, les institutions financières et les grands magasins ont multiplié leurs offres de crédit et de financement. Ainsi, au premier trimestre de 2008, la dette d'un ménage - comprenant le crédit à la consommation et l'hypothèque - représentait 123,8 % du revenu personnel disponible. Et même si le taux de faillite personnelle est marginal au Québec, il est en hausse de 5,5 % depuis le début de 2008.

«De plus en plus de ménages moyens connaissent des situations difficiles reliées à l'endettement», observe Manon Houde, conseillère budgétaire à l'ACEF Rive-Sud de Québec. «L'endettement excessif peut avoir de graves conséquences: amoindrissement de la qualité de vie et de la santé, baisse du pouvoir d'achat, stress et effets négatifs sur la situation familiale et professionnelle, et éventuelle faillite», ajoute-t-elle.

Les pièges du crédit facile

Alléchés par les multiples cartes de crédit ou par les formules de financement sans intérêt pour des biens ménagers ou des appareils électroniques, les consommateurs cèdent. Pourtant, la formule du payer-plus-tard-sans-intérêt représente souvent un piège. Si le client ne rembourse pas la totalité du montant dû à la date prévue, les intérêts applicables sur le solde peuvent alors atteindre jusqu'à 40 %, à la limite du prêt usuraire. «Nous conseillons aux consommateurs d'économiser la somme nécessaire pour payer l'achat au comptant, après en avoir bien évalué la pertinence», suggère Karine Robillard, avocate et conseillère budgétaire de l'Union des consommateurs.

En fait, les Québécois ont de plus en plus de difficultés à rembourser leurs dettes en raison du ralentissement de l'économie canadienne et de la hausse de l'inflation. «Avec la hausse du coût des loyers, des aliments et de l'essence, notre clientèle a de la difficulté à joindre les deux bouts sans une augmentation de revenus», constate Carole Laberge conseillère budgétaire de l'ACEF du Nord de Montréal. Conséquence: à la fin du mois, ce sont les cartes de crédit qui viennent compenser, mais le crédit ce n'est pas de l'épargne, il ne peut remplacer les revenus manquants», déplore-t-elle.

Par ailleurs, les consommateurs ont davantage recours aux compagnies de prêteurs sur gages pour de petits prêts ou des avances de salaire, un secteur dont sont absentes les banques et les caisses d'épargne. Les taux usuraires de ces créanciers, qui vont de 60 % jusqu'à 1000 %, représentent des paiements prohibitifs pour le consommateur et sont à la source de faillites personnelles.