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Le paradoxe français par Annie Langlois, Dt.P.(Extrait du livre J'ai le goût de la santé, nutrition et équilibre)
Les Français vivent en moyenne deux ans de plus que les Nord-Américains et ont 40 % moins de problèmes cardiaques qu'eux. Pourtant, ils mangent des charcuteries, du fromage, du beurre... et boivent du vin. En outre, ils fument autant et ne font pas plus d'exercice. Que faut-il y comprendre?
On n'y comprend toujours pas grand-chose, et c'est la raison pour laquelle on parle du «paradoxe français». La paternité de cette expression, qui a fait son apparition à la télé américaine en 1991, revient au docteur lyonnais Serge Renaud. Ce dernier affirmait en effet qu'une consommation modérée d'alcool pouvait réduire jusqu'à 50 % le risque de souffrir d'une maladie cardiovasculaire.
Plus de fruits et légumes Il ne faut pas en venir trop vite aux conclusions, car si les Français souffrent moins en maladies cardiovasculaires que les Américains, ce n'est pas uniquement grâce à leur consommation quotidienne d'alcool. Dans l'ensemble, les habitudes alimentaires des deux peuples diffèrent considérablement. Ainsi, les Français mangent plus de fruits et de légumes frais que les Américains. Par ailleurs, ils les consomment souvent crus ou peu cuits. En général, les fruits et les légumes sont de bonnes sources d'antioxydants (vitamine C et bêtacarotène), qui servent d'agents protecteurs pour le cour.
De plus, les Français - les habitants du Sud de la France surtout - cuisinent avec de l'huile d'olive. De nombreuses études ont prouvé que cette huile, qui se compose principalement de graisses monoinsaturées, aurait des effets bénéfiques sur le cholestérol sanguin et réduirait par conséquent les risques de maladies cardiovasculaires.
Un autre mode de vie En outre, les Français sont moins friands de «fast food» et consomment moins de produits gras transformés (hydrogénés) que les Américains. Ces derniers aliments sont généralement élevés en gras trans, un composé qui augmenterait les risques de maladies cardiovasculaires. Les gras trans se retrouvent notamment dans certains shortenings et margarines, ainsi que dans les frites, les beignes, les biscuits, les craquelins et les croustilles. L'apport moyen en gras trans des Français se situe à 3 grammes par jour tandis que celui des Américains atteint 10 grammes. Une différence appréciable, qui permet de mettre l'influence du vin en perspective.
Selon les chercheurs, le facteur génétique est d'une importance capitale quand vient le temps d'identifier les individus exposés aux maladies cardiovasculaires. Mais dans le cadre du paradoxe français, il en va autrement. De nombreuses études démontrent que les habitants du bassin de la Méditerranée - dont le Français - perdent leur protection contre les maladies cardiaques lorsqu'ils émigrent aux États-Unis, car ils y adoptent de nouvelles habitudes alimentaires et un mode de vie différent.
L'influence du vin Les Français boivent en moyenne deux à trois verres de vin par jour. Des études épidémiologiques indiquent que ce niveau de consommation peut être associé à une réduction de 40 % de l'incidence de maladies cardiovasculaires. En effet, le vin provoquerait l'augmentation des concentrations des HDL cholestérol dans le sang. Ces substances transportent le cholestérol vers le foie pour qu'il y soit éliminé. Cela dit, si une consommation modérée d'alcool peut être bénéfique pour le cour, une surconsommation peut au contraire avoir des effets désastreux à la fois sur le cour et sur le foie. Les maladies du foie sont d'ailleurs responsables de 3 % des décès en France, soit deux fois le taux observé aux États-Unis.
Un rapport sur les recommandations nutritionnelles publié aux États-Unis en 1990 conclut que l'alcool n'est pas recommandé pour prévenir les maladies cardiovasculaires. Premièrement, parce qu'il n'est pas prouvé qu'il soit efficace; deuxièmement, parce qu'il contribue à faire augmenter les risques d'hypertension et d'accidents cérébrovasculaires.
Ici, les recommandations de Santé Canada stipulent que la consommation d'alcool d'un adulte devrait se limiter à moins de 5 % de son apport énergétique (calories) total quotidien, environ deux verres. Par ailleurs, le Guide alimentaire canadien pour manger sainement incite plutôt à la modération en limitant la consommation quotidienne à une bouteille (350 ml) de bière, 5 oz (150 ml) de vin ou 1 1/2 oz (50 ml) de spiritueux. Tous sont d'avis que les femmes enceintes et en période d'allaitement doivent s'abstenir.
En somme, c'est l'ensemble des habitudes de vie, dont l'alimentation, qui peut ou non protéger contre les maladies cardiovasculaires. Aussi, le vin que l'on boit à table doit demeurer dans la liste des petits plaisirs que l'on aime s'offrir de temps en temps.
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