Cathy a rompu avec son mari; Hélène, avec une grande amie; Louis, avec la boîte pour laquelle il travaillait depuis 20 ans; Christine, avec l'association pour laquelle elle militait...

Les liens que nous tissons avec les individus au cours de notre vie sont multiples, et les liens brisés le sont tout autant. Car le propre de l'être humain est d'être lié à son semblable, de se lier et de se délier au fil du temps, des hasards de la vie, des attirances, des épreuves. C'est une histoire qui commence très tôt. Dès sa conception, l'humain est rattaché à sa mère par un lien, le cordon ombilical, qui le nourrit tout le temps qu'il se forme dans l'utérus. Puis, le cordon coupé, un autre lien très fort, psychologique celui-là, commence à se tisser entre lui et sa mère. Un lien que les psys appellent, dans leur jargon, «lien premier». La vie en société amène ensuite l'être humain à créer des liens de toutes sortes: amoureux, amicaux, professionnels, politiques, religieux, ludiques.

Le lien mère-enfant
Selon la thérapeute en relation d'aide Esther Karam-Therrien, «à l'origine de tous les liens, il y a un besoin d'être pris en charge, puisqu'on naît dépourvu de toute capacité à agir de façon autonome et à se suffire à soi-même. En fait, nous entrons en communication avec les autres parce que nous avons besoin d'eux. Durant toute notre existence, nous reproduisons inconsciemment le lien premier, qui est le fondement de tous les liens que nous tisserons par la suite: le lien mère-enfant crée une figure d'attachement, que l'on retrouve par exemple dans le lien amoureux.»

Les liens amoureux: les plus délicats
Ces liens tissés entre nous et notre mère puis notre père sont nécessaires, précieux, parce qu'ils nous aident à nous forger une identité, à aimer, à grandir. Cependant, certains liens parentaux peuvent se briser brutalement dans la petite enfance ou se tisser de façon plus insidieuse, devenant de véritables chaînes qui étouffent peu à peu - on parle de prison dorée, de parents surprotecteurs, de liens paradoxaux, mêlant l'amour et la haine. «L'âme est alors écorchée pour longtemps, enchaîne Mme Karam-Therrien. Une fois qu'on est adulte, les blessures ont tendance à se rouvrir et les liens se fragilisent. Certains êtres sont facilement heurtés dans leurs rapports avec autrui: ils arrivent difficilement à créer des liens sains avec les autres, préférant parfois ne plus se lier du tout.»

Parmi les liens que nous bâtissons, les liens amoureux sont les plus délicats, puisqu'ils mobilisent ce qu'il y a de plus secret en nous: notre intimité et notre capacité «d'entrer en amour», de laisser entrer l'autre en soi. «Rompre un lien amoureux, c'est un peu comme s'arracher une partie de soi-même, précise Esther Karam-Therrien. Même si la relation ne va pas bien, on se sent exister à travers elle. Il y a intensité, négative bien sûr, mais réelle. Cependant, quand un lien amène plus de souffrance que de plaisir, il y a lieu de s'inquiéter.»

Peur et culpabilité liées à la rupture
Rompre un lien délivre, mais demande du courage. Et on se trouve tout à coup déstabilisé. On a peur. Peur de l'avenir, peur de l'inconnu. C'est normal: on était habitué à ce lien, même destructeur. Et puis on se sent coupable. Alors on hésite à rompre, parfois pendant des années. «Il n'est jamais aisé de vaincre la peur et la culpabilité liées à la rupture, puisque le couple est en quelque sorte le laboratoire de nos attentes affectives, remarque la thérapeute. On lui en demande beaucoup à ce couple - on y a tant investi! On lui demande souvent même "de réparer" notre propre enfance.

Mal aimé, pas assez aimé ou très aimé, selon la famille dans laquelle on a grandi, on est initié aux échanges d'amour par cette mère, ce père, ces frères et ces sœurs que l'on n'a pas choisis. Ce sont ces êtres-là que l'on recherchera inconsciemment tout au long de notre vie.»