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Voici deux parties d'un article sur «l'autre médecine» vue par deux de ses adeptes - très critiques à l'égard de «l'approche classique». Dans quelques semaines, un autre article suivra; celui-là traitera de la médecine qu'on connaît le mieux, celle qu'on dit «traditionnelle».
Quand quelqu'un se casse une jambe, doit se faire recoudre après un accident de voiture, désire se débarrasser d'une tumeur ou maîtriser son asthme, il est bien heureux d'être pris en charge par le médecin, qui l'examine, le soigne et lui enlève sa douleur avec des médicaments appropriés. Personne ne conteste d'ailleurs à la médecine son rôle de premier plan dans les cas sérieux, graves ou aigus.
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Mais il vous est sans doute arrivé comme à moi de ressentir une douleur indéfinie, un malaise imprécis, un «mal-être», bref un quelque chose d'irritant, de dérangeant, voire d'inquiétant, mais dont on se dit : «Bof, à quoi bon en parler au médecin. Ce n'est sans doute pas grave. Et qu'est-ce qu'il pourra faire?» Et de supporter plutôt que de consulter.
C'est souvent dans ce genre de situation courante, quoique pas exclusivement, que d'aucuns lorgnent les médecines dites «douces» ou «alternatives». On pense trouver une oreille plus attentive et disponible chez l'homéopathe, l'acupuncteur, le masseur, le phytothérapeute, etc. On sait d'instinct que la médecine «classique» n'est pas toujours appropriée à cet état mal défini et difficilement explicable dans les cinq minutes que le médecin peut consacrer à son patient. Ce qui n'empêche pas d'avoir très envie de se faire soigner!
Devrait-il y avoir deux ou plusieurs façons de faire de la médecine? Nous avons posé la question à deux médecins qui consacrent beaucoup de temps à cette réflexion. L'un, Jean Gariépy, diplômé de médecine à la fin des années 70, exerce d'abord en région éloignée, fait ensuite de l'urgence sur la route puis au sein d'un hôpital, pratique également à domicile, en clinique privée et dans un CLSC. Il se consacre depuis 1998 aux toxicomanes. À moitié retiré de la pratique régulière, il se livre actuellement à une profonde réflexion sur les possibilités et limites de la médecine; il explore en autodidacte le potentiel des approches dites alternatives.
L'autre, Philippe Picard, docteur en médecine, diplômé en acupuncture et en psychothérapie analytique, pratique durant 25 ans la médecine conventionnelle et homéopathique en cabinet privé en France. Depuis le milieu des années 70, il contribue de toutes les façons à promouvoir l'homéopathie par le biais du Centre d'études et de documentation homéopathique (CEDH), dont il est le directeur de l'enseignement au Canada. Il fait également partie du comité du cours Soins pharmaceutiques et médicaments homéopathiques à la faculté de pharmacie de l'Université Laval. Il n'a jamais cessé de réfléchir - et d'écrire - sur les tenants et les aboutissants de la médecine.
Une seule médecine!
L'un et l'autre affirment d'entrée de jeu qu'il n'existe qu'une seule médecine : l'art de diagnostiquer et de soigner. Le médecin classique le fait selon sa formation et en vertu de balises établies par la loi (balises qui varient d'un pays à l'autre). Au Québec, son coffre à outils ne comprend généralement que des médicaments et de la chirurgie. Quelques rares médecins fort prisés tâtent de l'homéopathie, connaissent les vertus de l'acupuncture, parlent de vitamines ou suggèrent à leurs patients très stressés de marcher dans la nature avant d'avoir à leur prescrire des antidépresseurs. Tout ce qu'on étiquette un peu rapidement d'alternatif poursuit pourtant le même but que le médecin : soulager, et soigner si possible. Il s'agit de prolongements thérapeutiques, d'outils supplémentaires.
Dans une situation idéale, le médecin, qui seul a le droit de diagnostiquer, disposerait d'avenues thérapeutiques beaucoup plus élaborées. Et il répondrait ainsi aux attentes d'un nombre sans cesse croissant de gens qui veulent être d'abord écoutés par leur médecin puis soignés «en douceur».
Sept à huit fois sur dix, les gens consulteraient trop vite pour des raisons anodines. Parce qu'ils ne savent pas, hélas, que leur corps possède de fantastiques mécanismes d'autoguérison. Et, disons-le, ils s'inquiètent. Ils auraient attendu quelques jours et tout serait peut-être rentré dans l'ordre. «Tous les médecins savent ça, explique Jean Gariépy. Un bon médecin distingue sur-le-champ un véritable malade et devrait réserver les examens poussés à celui-là, minoritaire, et tout simplement rassurer les autres, majoritaires, qui ont besoin d'un bon mot, et parfois, à la limite, d'une substance naturelle appropriée, sans plus. C'est ça, la médecine douce.»
Guy Sabourin
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