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Semaine du 29 mai 2000
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Manger moins pour vivre plus longtemps
 

Manger moins pour vivre plus longtemps peut paraître contradictoire. Cependant, la théorie dite du modèle de la restriction fait du chemin chez les chercheurs depuis les premières expériences entreprises au début des années 1930. En effet, le vieillissement accru de la population et la prolongation de la durée de la vie de l'être humain incitent ces derniers à vouloir comprendre la détérioration du métabolisme. Or, ce modèle de la restriction permet de retarder le déclin des fonctions physiologiques associées au vieillissement, explique Guylaine Ferland, professeure au Département de nutrition et directrice de la recherche clinique à l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal.

Mme Ferland a recours au modèle de la restriction depuis la fin des années 1980, alors qu'elle poursuivait ses études doctorales. Les recherches qu'elle mène sur des rats blancs ont produit des effets bénéfiques «extrêmement spectaculaires». Deux groupes de rats ont été ciblés. Le premier a été nourri à satiété alors que le second a été soumis au modèle de la restriction, imposant 40 % moins d'apport calorique que le régime du groupe témoin. Les rats mis au régime ont vécu jusqu'à 30 % plus longtemps que leurs congénères. «Nous augmentons ainsi non seulement la longévité moyenne, mais la longévité maximale», souligne la chercheuse.

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Sous-alimentation
Au seul chapitre du fonctionnement du foie, Mme Ferland précise que la sécrétion biliaire a tendance à diminuer chez l'animal au cours du vieillissement. Une expérience menée sur des rats de 24 mois - un rat est adulte dès qu'il atteint huit mois - soumis au modèle de la restriction a mis en évidence une santé comparable à celle de leurs cadets âgés de trois mois!

Le régime restrictif exerce aussi une influence déterminante sur les fonctions des organes. Le taux de glucose dans le sang diminue, le taux d'insuline ainsi que la fonction biliaire jouent plus efficacement leur rôle immunitaire. L'organisme compose également mieux avec le stress que vit le sujet. Guylaine Ferland est catégorique : la restriction calorique doit être considérée comme un modèle expérimental. «L'application chez l'humain comporterait des effets non négligeables comme la faim perpétuelle. Quand nous réduisons l'apport en calories de 40 %, nous nous assurons que l'apport en vitamines et minéraux est optimal. C'est un modèle de sous-alimentation, mais sans malnutrition.»

Elle déconseille par conséquent à tout individu d'adopter le modèle de la restriction. «Il faut être très versé en nutrition pour élaborer un programme du genre et s'alimenter de façon adéquate. Ce n'est pas un modèle de perte de poids, mais plutôt de vieillissement réussi», insiste Mme Ferland. «Il n'existe pas de recette miracle. Aucune vitamine n'a permis à ce jour d'augmenter la longévité maximale.»

La source du problème
Faut-il acquiescer à la maxime selon laquelle on est ce qu'on mange? Oui, répond Mme Ferland, tout en rappelant que les prédispositions génétiques et l'activité physique sont déterminantes dans l'état de santé. «Mais l'alimentation est encore plus importante parce que nous mangeons trois fois par jour.»

La chercheuse estime que le Guide alimentaire canadien est l'outil tout désigné pour établir des lignes directrices afin de bien se nourrir. «C'est la meilleure façon de s'assurer d'une bonne alimentation au quotidien.» Elle compte bien poursuivre ses recherches au moyen du modèle de la restriction. «Quand on y a recours, on en est convaincu à jamais. Ce que je mange va déterminer ce que je serai quand je serai vieille.»

Guylaine Ferland considère que le modèle de la restriction est une avenue privilégiée pour comprendre la source de plusieurs maladies, telles que le cancer, où l'alimentation arrive en tête de liste dans les causes des dérèglements. «En restreignant l'apport énergétique, nous touchons au coeur de la cellule et nous modifions l'expression de certains gènes clés. Nous faisons ainsi en sorte de maintenir l'usine cellulaire en bonne condition pendant une plus longue période de temps.»

Nous mourrons tous un jour, c'est une vérité de La Palice. Mais Guylaine Ferland est d'avis que, tout en tenant compte de l'espérance de vie au Canada - qui n'a jamais été aussi élevée: de 85 ans chez la femme et de 79 ans chez l'homme -, il est souhaitable d'améliorer la qualité de vie des aînés. «Nous tentons ainsi de réduire la courbe du nombre des années d'incapacité physique pour augmenter celle des années de vie active.»

Marie-Josée Boucher
Collaboration spéciale

Publié dans Forum, vol. 34, no 27, 3 avril 2000.



 


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